2017 : Quand le temps nous est compté : questions de temps dans le travail académique

COLLOQUE
Jeudi 20 avril 2017
Centre Scientifique d’Orsay

Bâtiment des Colloques (bât. 338),
rue du Doyen André Guinier – Salle de conférences
de 9h à 18h – entrée libre

Présentation du Colloque

 

 

 

Allocutions d’ouverture
Etienne AUGÉ, Vice-Président Recherche, Université Paris-Sud
Christine PAULIN, Doyen de l’UFR des Sciences d’Orsay
Stefano BOSI, Maison des Sciences de l’Homme de Paris-Saclay
Annick JACQ, Directrice du Centre d’Alembert


Modératrice : Hélène Aubry
Enseignante-chercheuse en droit, IDEP, Université Paris-Sud


Hélène GISPERT, historienne des sciences, Université Paris-Sud
Retour sur un questionnaire adressé aux personnels. Question du temps dans notre travail, la parole aux acteurs.


Diaporama_Hélène Gispert

 

Gérald GAGLIO, sociologue, Université Technologique de Troyes
Du manque de temps au travail d’articulation temporelle.


Cette communication débutera par la complainte du « manque de temps » et du paradoxe selon lequel les outils technologiques n’ont pourtant jamais été si nombreux pour prétendument nous en faire gagner. Elle abordera ensuite la question de l’hétérogénéité temporelle, soit la pluralité des temporalités qui s’enchevêtrent, pour envisager le travail d’articulation temporelle déployé en milieu professionnel. Ce travail d’articulation temporelle cherche, autant que possible, une forme de conciliation, et a pour horizon la réalisation du travail malgré les contraintes temporelles.

Modératrice : Christine Eisenbeis
Chercheuse en informatique, INRIA, LRI, U
niversité Paris-Sud


Lucie GOUSSARD et Guillaume TIFFON, sociologues, Université d’Évry -Val d’Essonne
Travailler en projets dans la R&D. Contraintes temporelles et transformations du travail de recherche.


Cette communication traite de la mise en place de l’organisation par projet dans une unité de R&D du secteur de l’énergie. Nous nous appuierons sur une enquête menée depuis 2012 dans ce centre de recherche pour montrer que l’un des principaux effets de cette politique de « modernisation » est d’avoir transformé les contraintes temporelles qui pèsent sur le travail des chercheurs et ce, à au moins trois niveaux. D’abord, la composante administrative du travail de recherche s’est accrue au détriment du temps consacré à la production scientifique. Ensuite, le projet d’intensification du travail auquel renvoie l’instauration de multiprojets génère des « coûts de coordination » et un phénomène de dispersion dans le travail, peu propices à la concentration intellectuelle que nécessitent les activités de recherche, au point que certaines tâches, comme la lecture ou l’écriture, sont réalisées dans la sphère hors travail et sur des temps de récupération. Quant à l’ajustement des activités aux demandes des clients, il donne lieu à une sorte d’ingénieurisation de la recherche. Tandis que les projets les plus éloignés des préoccupations des directions opérationnelles souffrent d’un manque de crédit, au double sens du terme, ceux commandités par les directions les plus proches du marché et du consommateur final, eux, s’apparentent de plus en plus à des études, court-termistes et directement opératoires.

Scarlett SALMAN, sociologue, Université Paris-Est Marne-la-Vallée
La gestion des temporalités de travail par le coaching: vers une discipline de soi ?


Diaporama Scarlett Salman
Le coaching professionnel est utilisé dans la fonction publique depuis la fin des années 2000 en France et la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGFAP) a, depuis, édicté deux guides qui laissent penser que cette prestation de service pourrait être étendue au monde de l’enseignement supérieur et de la recherche. Que propose le coaching en matière de gestion des temporalités de travail ? Quelles sont les implications de ce dispositif adossé à des techniques psychologiques ? Le coaching se présente comme une réponse néomanagériale mise en place par les organisations pour aider leurs cadres supérieurs à mieux gérer la complexité et la diversité des situations professionnelles, dont relèvent les enchevêtrements, voire les contradictions, entre les différentes temporalités dans l’activité de travail. Or, à rebours du nouvel esprit du capitalisme, le coaching tend, dans les faits, à étendre les limites de la planification et à réaffirmer des normes sociales inverses à la société connexionniste. Sont en effet préconisées une focalisation de l’attention, mais aussi ce que nous appelons une hygiène des territoires, à savoir une répartition des tâches la plus stricte et la plus étanche possible et la réaffirmation d’une frontière vie privée/vie professionnelle.

 

Modératrice : Alexia Jolivet
Enseignante-chercheuse en histoire des sciences, EST, Université Paris-Sud


Philippe BRUNET, sociologue, Université Paris-Est Marne-la-Vallée
De quoi le temps est-il comptable dans la science ?


Si la mesure du temps des activités dans la science n’est pas chose nouvelle, on peut constater qu’elle renforce son emprise. Comment comprendre cette évolution et ce qu’elle induit comme tensions ?
D’abord, on mettra en évidence le processus historique d’arraisonnement des activités productives sous le joug du temps abstrait qui a accompagné l’expansion du capitalisme industriel. Cette mesure montre trois tendances historiques articulées : la mise en équivalence des activités productives ; l’hétéronomie de la conception à la réalisation de ces activités et le remplacement du travail vivant par le travail mort.
Ensuite, on s’interrogera sur ce qu’il en est, pour la science, de l’action de ces trois tendances, et on montrera quelles en sont les conséquences en termes de tensions.
Pour conclure, on identifiera ces tensions à des résistances à l’expansion du travail dans la science.

Marc GUYON, chercheur associé, CNAM Paris
À la recherche du « temps perdu » des chercheurs. Temps mesuré, temps vécu, subjectivité et créativité dans le travail scientifique.


Nous avons pu observer ces dernières années de fortes transformations dans les organisations de travail qui se sont traduites par une intensification du travail et une rationalisation du temps « dit » productif. Cette tendance n’a pas épargné les professions intellectuelles et notamment le secteur de la recherche scientifique. Nous avons notamment pu observer les transformations des modes de financement et le développement de la recherche sur projet. Nous pouvons notamment les associer à un déplacement du métier de chercheur et d’enseignant-chercheur avec le développement des tâches administratives de gestion et de management de projet. Les chercheurs et enseignants-chercheurs prennent ainsi en charge de nombreuses activités qui apparaissent chronophages et dont certaines ne sont pas à proprement parler des activités de recherche. Dans cette communication, nous proposons de prendre le contrepied de cette tendance pour revenir, à proprement parler, sur le travail de recherche et le temps de la recherche. Ce temps perdu pour la valorisation scientifique, que nous pouvons rapprocher de la flânerie que Taylor souhaitait combattre chez les ouvriers, est pourtant au cœur de la santé au travail et de la créativité que la pratique des chercheurs devrait produire. Ce temps perdu n’est pas étranger non plus à la disponibilité qui fait de l’écoute, que nous essaierons de cerner, un des principaux outils de travail du chercheur.

 

Modérateur : Bertrand Sergot
Enseignant-chercheur en sciences de gestion, RITM, Université Paris-Sud


Marc BESSIN, sociologue à l’Iris (CNRS, EHESS), et Fabienne GOLDFARB, physicienne, Université Paris-Sud
Quelles présences du chercheur ? Les ambivalences de la Slow Science, entre résister et demeurer dans sa tour d’ivoire.


Diaporama Marc Bessin
En insistant sur des approches féministes et temporalistes du travail universitaire, le concept de présences académiques permet de mettre en lumière le caractère fondamentalement interdépendant des activités de recherche et d’enseignement dans le supérieur. Il s’agit de s’intéresser à toutes les activités des enseignant-e-s chercheur-e-s, au-delà de celles qui sont mises en avant dans des publications, incluant des activités de coopération, d’entraide, de soutien et de reconnaissance, qui fonctionnent à la discrétion et à l’invisibilisation. Ces présences s’observent notamment au regard de compétences temporelles genrées, telles que la disponibilité, la patience, l’anticipation, la responsabilité. Les logiques managériales de porteurs de projets, de l’excellence et de la performance s’opposent à ses temporalités propres à la production de connaissances et à leur circulation. Pour y résister, un discours de la Slow Science tente de redonner une légitimité aux temps de l’échange, de la coopération, de la transmission, des doutes, des essais et des erreurs. Mais ce mouvement est ambivalent en ce qu’il peut également se concevoir comme une manière de maintenir les chercheur-e-s dans leur tour d’ivoire, dans une posture à distance du monde social et hors sol au nom de leur autonomie, négligeant ainsi leur propre présence au monde.

Coda : Et maintenant ?
Échanges entre les participants et les organisateurs